Il y a quelques semaines, je reçois en consultation une femme d’une quarantaine d’années.
Elle a « tout pour être heureuse », comme on dit :
-
- une situation professionnelle stable
- un bon niveau de revenus
- une vie confortable, objectivement réussie.
Et pourtant, elle me dit : « J’ai l’impression d’être passée à côté de ma vie. »
Quand je lui demande pourquoi, elle hésite.
Elle ajoute : « Je ne sais même pas si c’est ce que je ressens… ou ce que je devrais ressentir. »
Une phrase qui résume beaucoup de choses
Ce doute est loin d’être anecdotique. Il dit quelque chose de très actuel : la difficulté à distinguer ce que l’on vit réellement… de ce que l’on pense devoir vivre.
Réussir sa vie… mais selon qui ?
J’ai récemment eu l’occasion d’échanger sur cette question dans l’émission Grand bien vous fasse ! d’Ali Rebeihi sur France Inter.
Et un point m’a frappé : nous continuons à parler de « réussite » comme s’il s’agissait d’un fait objectif.
Alors que, dans la réalité, il s’agit toujours d’une évaluation.
Une évaluation construite à partir de trois repères :
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- ce que je pense être aujourd’hui,
- ce que j’aimerais être,
- ce que je pense devoir être.
Et c’est souvent dans l’écart entre ces trois dimensions que naît le sentiment d’échec.
Le problème n’est pas l’écart
On pourrait croire que ces écarts sont le problème. En réalité, non.
Le problème, c’est la manière dont on les vit. Certaines personnes utilisent cet écart comme un moteur. D’autres comme une preuve qu’elles ne sont « pas à la hauteur ».
1er pilier : pouvoir être en paix avec soi
Dans la continuité des travaux de Carl Rogers, on pourrait dire que réussir sa vie commence ici : pouvoir être avec soi-même sans se juger en permanence.
Cela ne veut pas dire renoncer à évoluer. Cela veut dire :
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- accueillir ce qui est là
- ne plus se battre contre soi
- sortir de l’évaluation constante
Rogers parlait d’un « plaisir tranquille d’être soi-même ». Sans cela, toute tentative de réussite devient une lutte.
2ème pilier : savoir ce qui compte vraiment
Quand je reprends le fil avec cette patiente, une chose apparaît progressivement. Elle a pris des décisions cohérentes… mais pas nécessairement alignées avec ce qui compte pour elle.
C’est là que la question des valeurs devient centrale. Les valeurs ne sont pas des idéaux abstraits. Ce sont des directions :
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- ce qui nous met en mouvement
- ce qui donne du sens à nos choix
Une vie peut être objectivement réussie… et profondément vide de sens si elle n’est pas alignée.
3ème pilier : se sentir capable d’agir
Un autre point apparaît souvent en filigrane : même lorsque les personnes savent ce qui compte pour elles, elles ne passent pas à l’action. Pourquoi ?
Parce qu’il manque quelque chose de fondamental : le sentiment d’efficacité personnelle.
C’est cette conviction que :
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- « je peux agir »
- « je peux influencer ma vie »
Sans cela :
-
- les intentions restent des intentions
- le changement reste théorique
Le piège contemporain
Nous vivons dans un environnement où :
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- les standards de réussite sont omniprésents
- la validation vient de l’extérieur
- les comparaisons sont permanentes
Résultat, il devient très facile de confondre réussir sa vie et répondre aux attentes des autres.
En conclusion
La vraie réussite, ce n’est pas d’être à la hauteur de son idéal ou de celui des autres… c’est de ne plus se battre contre soi pour avancer.
Réussir sa vie s’est avant tout une question de cohérence et d’alignement.
Car, au fond, le problème parfois n’est pas tant de rater sa vie… c’est de réussir une vie qui n’est pas la sienne.
Pour aller plus loin, vous pouvez écouter l’émission ici ⬇️
