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Mardi 24 mars 2026, j’ai participé à l’émission Grand bien vous fasse ! d’Ali Rebeihi sur France Inter autour de la question Que veut dire « réussir sa vie » en 2026 ? Une réponse pourrait être : Alignement, action et rapport à soi à travers 3 piliers fondamentaux.

Sortir d’une définition externe de la réussite

La réussite n’est pas un fait objectif, c’est une évaluation. Elle dépend :

    • des standards internes (idéal, normes sociales),
    • des valeurs,
    • du regard sur à soi.

Les recherches montrent que nous évaluons notre vie à partir de notre perception du soi actuel, de notre représentation du soi idéal et du soi prescrit socialement.

La difficulté est que nous ne sommes pas toujours justes dans nos perceptions de nous-mêmes, mais également que notre soi idéal et notre soi socialement prescrit reposent sur des standards qui ne sont pas toujours les nôtres.

1er pilier fondamental : l’acceptation de soi (souvent sous-estimée)

    • Chez le psychologue humaniste Carl Rogers : → aboutissement du développement = acceptation inconditionnelle de soi
    • Chez le psychologue Albert Ellis : → diminuer la souffrance = cesser de s’évaluer globalement

Les données récentes confirment que ce n’est pas nécessairement l’écart entre les soi qui est problématique, mais la détresse associée à cet écart.

L’acceptation n’est pas une résignation ; elle va au-delà de la tolérance passive. C’est une condition pour se mettre en mouvement et agir sans lutte excessive contre soi-même.

Comme le soulignait Rogers, c’est « le plaisir tranquille d’être soi-même ».

2ème pilier : les valeurs personnelles profondes (souvent incomprises)

Les valeurs personnelles profondes sont une boussole de l’existence. Ce ne sont pas des valeurs morales, mais ce qui donne de la valeur à notre existence (comme apprendre et développer de nouvelles connaissances ou veiller au bien-être animal).

Elles orientent les décisions, l’engagement et le sentiment de sens.

Le sens ne se trouve pas, il se construit en alignant ses actions avec ses valeurs.

Sans valeurs, on se disperse, avec un sentiment d’inaccomplissement, de non-réussite, voire d’échec, sans nécessairement en comprendre l’origine lorsque ces valeurs ne sont pas identifiées.

La conscience de ses valeurs personnelles permet de choisir une direction et de s’y engager.

Le choix n’est plus un caprice, mais un réalignement.

Une vie réussie n’est pas une vie parfaite, c’est une vie cohérente.

3ème pilier : le sentiment d’efficacité personnelle (totalement sous-estimé)

Issu des travaux du psychologue Albert Bandura, spécialiste de la psychologie sociale, le sentiment d’efficacité personnelle désigne la croyance dans sa capacité à agir efficacement.

Ce n’est pas la confiance en soi globale ; c’est la conviction que je peux produire un effet sur ma vie.

C’est un facteur déterminant, car il influence l’élan, la motivation, le passage à l’action et la persévérance.

Les recherches récentes montrent que ce qui compte n’est pas seulement l’écart au soi idéal, mais la croyance dans la possibilité de s’en rapprocher.

On peut savoir ce qui compte pour soi… mais sans sentiment d’efficacité, rien ne change.

Comprendre les écarts de soi sans tomber dans le piège

Les écarts entre le soi perçu, le soi idéal et le soi socialement prescrit sont normaux.

La question est : l’évaluation de ces écarts permet-elle d’engager l’action comme source de motivation ou, au contraire, génère-t-elle de l’auto-critique, de la démotivation et un blocage de l’action ?

Ce que montrent les études, c’est que ces écarts sont liés à l’anxiété et à la dépression lorsqu’ils sont vécus de manière rigide.

Le problème n’est pas d’avoir un idéal de soi… c’est de s’en servir contre soi.

Le piège moderne : réussir sans se sentir réussir

La « réussite » pour soi, en tant qu’accomplissement et épanouissement, peut être différente de la réussite sociale.

Et la réussite sociale n’implique pas une réussite subjective, avec un décalage fréquent entre une vie « réussie » objectivement (sur le papier) et un vécu interne de vide.

On observe alors une perte de sens, une impression de « ne pas être à sa place ».

Les injonctions sont multiples et le besoin d’appartenance au groupe peut favoriser une identification excessive aux prescriptions sociétales.

Le risque est de définir un idéal de soi inatteignable ou d’avancer en direction d’un soi non conforme à ses aspirations profondes… avec le piège de suivre un chemin qui n’est pas le sien.

On peut avoir réussi sa vie… mais selon les critères des autres.

En conclusion

« Peut-on réussir sa vie ? » Oui, mais à condition de changer de repère.

La réussite repose sur 3 piliers :

    • s’accepter tel que l’on est, sans se juger en permanence,
    • savoir ce qui compte vraiment pour soi,
    • et croire que l’on peut agir dans cette direction.

 

Sans acceptation on lutte contre soi

Sans valeurs on avance sans direction

Sans efficacité personnelle on reste bloqué

 

La vraie réussite, ce n’est pas d’être à la hauteur de son idéal… c’est de ne plus se battre contre soi pour y arriver.

Car, au fond, le problème, ce n’est pas de rater sa vie… c’est de réussir une vie qui n’est pas la sienne.

Pour aller plus loin

Ces différents sujets ont été abordés dans l’émission d’Ali Rebeihi, dans un échange riche entre psychologie et philosophie grâce au dialogue avec le sociologue et philosophe Raphaël Liogier et la philosophe Aïda N’Diaye.

Vous pouvez l’écouter ici :

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